Des pleins et des vides

À l’aide de crayon graphite sur papier, j’abstrais l’espace pour refléter la simplicité du lieu et figurer le vide entre les deux rives. Je géométrise le pont et le paysage alentour pour ne laisser apparaitre çà et là que quelques repères visuels. Le spectateur doit lui-même combler les vides pour reconsidérer le passage entre les deux rives. Il doit faire appel à son imagination pour élaborer une nouvelle urbanité. Ainsi je l’invite à ouvrir une voie plus personnelle, en devenant l’architecte de son propre paysage pour créer un espace entre le ciel et l’eau, entre le vide et le plein, entre l’île d’Orléans et le continent.

 

The  present suspended

In my previous career, I inventoried many defunct interiors and often asked myself what happens to all these ‘little nothings’ we cling to our entire lives? Or to these abandoned places -from the grandest to the most intimate- in which we leave a part of ourselves? What do they become? The ruin thus reveals itself as a topical space suspending time, the fleeting nature of all things, and the irreversibility of decline. These architectures that lay damaged and forgotten, urge us to question the ephemeral fate of art creation -a mere reminder of our own destiny.

Construction / Déconstruction, le présent suspendu

 

Le pont de l’île d’Orléans s’asphyxie lentement. Controversé lors de sa construction en 1935, l’ouvrage d’ingénierie, devenu un symbole identitaire, constitue aujourd’hui un lien économique essentiel pour la plupart des insulaires. Pourtant, avec sa structure vieillissante, le pont est menacé de disparaitre. Bien sûr, notre environnement urbain n’est pas figé. Les espaces autour de nous se construisent et se déconstruisent successivement. Les paysages sont eux-mêmes constitués de strates et de fragments. Faudra-t-il restaurer et conserver la structure actuelle du pont ou imaginer une nouvelle architecture au-dessus ou en-dessous du fleuve ? Par cette série de dessins évoquant la construction et la dégradation progressive du pont de l’île d’Orléans, je souhaite sensibiliser mes concitoyens aux questions que soulève la possible disparition du pont reliant l’île à la rive nord de Québec face à la chute Montmorency. Quelle importance revêt un pont dans la vie d’un insulaire ? Qu’adviendrait-il si ce lien routier disparaissait? Quels sont les liens inconscients que le ruban d’acier génère ? Sous cette question source de débats et d’enjeux s’en trouve une autre, plus fondamentale : qu’advient-il des lieux abandonnés ou disparus, des plus majestueux aux plus intimes, dans lesquels nous laissons une partie de nous-mêmes ?

 

Les architectures abîmées par le temps révèlent le caractère éphémère de toute création, nous rappelant notre propre destin. Devant ces inévitables détériorations, que choisissons-nous de conserver, de restaurer, de transmettre aux générations futures ?

 

Construction / Deconstruction, the suspended present

 

The bridge of the island of Orleans suffocates slowly. Controversial when it was built in 1935, the engineering work, now a symbol of identity, is a vital economic link for most islanders. Yet with its aging structure, the bridge is in danger of disappearing.

Should we restore and maintain the current structure of the bridge or imagine a new architecture above or below the river?

With this series of drawings evoking the construction and the gradual deterioration of the bridge of the island of Orleans, I would like to raise awareness about the consequences of the possible loss of the bridge connecting the island to the north shore of Quebec. How important is a bridge in the life of an islander? What if this road link disappeared? What other links do the bridge generate that we are unaware of?

 

Underneath that question, source of debates and issues, lies another, more fundamental: what happens to abandoned or missing places, from the most majestic to the most intimate, in which we leave a part of ourselves?

 

 

 

Traverser le pont de l'île à pied...